La 0-3000 : dénommée Verticale des fous

Un peu d’historique :
2015 : mes 50 ans premier full, pas des plus faciles : L’Embrunman
Derrière suivront Belman 2016, Embrun 2017, Ironman Nice 2019, Frenchman 2022
2023 : DNF Choisy sur le L « CaP »
2024 : Trail Ultra Marin et retour sur un Format L les 2 amants.
2025 : Passage du BF2 pour aider le club, encadrer les petits de l’Astre.
En parallèle, licencié EA Creil depuis 3 ans : pratique du trail moyenne distance jusque ultra trail.
- Le 30 septembre est programmé la fin de ma carrière professionnelle.
- Le 1er octobre : La retraite
Je pouvais envisager une fin d’année riche en activités sportives et préparer un objectif.
Ce sera un triathlon. La 0-3000 : dénommée Verticale des fous
L’essence même de l’aventure réunionnaise.
Partir du bleu profond de l’océan Indien pour atteindre les sommets vertigineux de l’île…
- 1 500 m Natation dans le lagon de St Pierre
- 45 Km de Vélo vers Cilaos à altitude 1200m
- 12 Km – 1 800 D+ jusqu’au sommet du piton des neiges 3070m
Quoi de plus naturel que d’envisager parcourir 10000 km pour un triathlon format M et dans l’hémisphère
sud !!
Petit avantage non négligeable, ma nièce réside sur l’ile de la Réunion. J’ai donc un pied à terre.
Mais La Réunion, ce n’est pas la Picardie !
Internet, c’est bien pour visionner des vidéos ou les teasers des anciennes années.
Mais il fallait que je découvre la réalité du terrain de jeu !
- la montée de Cilaos et ses 400 virages déjà faits en moto en 2023
- la partie course à pied en mode trail
Préparation de la 0-3000 :
Les infos trouvées : vélo :

Les 17 premiers km faux plat montant, une première patate

Les infos trouvées : run
la montée sera :
- 3km bitume pour atteindre « Le Bloc »
- Rentrer en forêt jusqu’au refuge
- Caillasses, pierriers jusqu’en haut à découvert
« Le BLOC » : Les producteurs de canne avaient recours à l’esclavage pour exploiter leurs plantations. La main-d’œuvre venait surtout d’Afrique de l’Est. Un
petit nombre d’esclaves parvenaient à s’enfuir des propriétés, et cherchaient
refuge dans les zones montagneuses.
On appelle ces fugitifs : les Marrons. Ces fuyards étaient pourchassés par des
chasseurs professionnels de Marrons et par la gendarmerie. Lors de leurs
captures, ils étaient attachés aux arbres par des chaines avant d’être
redescendus
Là, pas le choix. Il faut que je me rende là-bas pour voir la réalité !
Un souci de taille : je ne peux pas emmener ma toutoune. J’explique à la famille (frère et sœur) mon projet : effectuer un voyage fin septembre / mi-octobre, puis un second mi-novembre / mi-décembre. Seront-ils OK pour prendre en pension la toutoune ? Gestion des plannings chez l’un, chez l’autre : tout est calé. Rassuré, elle sera choyée en mon absence.
Ah, j’ai oublié de préciser : j’ai fini ma carrière pro avec trois mois de congés.
Début juillet, je me remets sérieusement à l’entraînement afin de récupérer du foncier et tenter de perdre quelques kilos superflus. Puis quatre semaines sur Millau : beaucoup de roulage et de trail avec Éric et Clarence, et le club de Millau Triathlon Grands Causses.
Premier souci physique à Millau : douleurs cervicales sur le vélo, compliqué de courir dans cet état. Merci à Clarence de m’avoir conseillé un kiné sur place. Consultation, exercices d’étirements à effectuer.
De plus, l’augmentation de la charge d’entraînement a réveillé une douleur sur ma cheville droite (celle accidentée en 2021). Consultation chez le podologue qui me suit. Analyse, modification de la semelle dix jours avant le premier séjour.
Pour le premier séjour
J’ai contacté une agence locale, « Trail Réunion », qui propose des séjours trail en itinérance, encadrés par des guides diplômés. L’agence gère toute la logistique du séjour : repas, hébergements, transferts. Une traversée en six jours et cinq nuits, 125 km, 10 000 m de D+, 50 % du parcours de la Diagonale des Fous.
- Les cirques majestueux de Mafate et Cilaos
- Les sentiers volcaniques du Piton de la Fournaise
- Le sommet du Piton desNeiges(quiétait au programme, mais que je n’ai pu atteindre à cause d’
une fatigue accumulée les jours précédents).

En parallèle, j’avais mis le vélo en soute (merci Bruno pour le prêt de la valise) afin de pouvoir rouler, découvrir des montées : Dos d’Âne, A/R Saint-Denis par les Hauts, sans oublier le littoral pour découvrir les paysages. Bien sûr, reconnaître la montée à Cilaos.
Avant de partir, j’ai pris l’option de monter une cassette 11/32 : les pentes peuvent être sévères. Le jour de la course, j’aurai le run à assurer.
Au retour en métropole, reprise du home trainer pour continuer à garder ce coup de pédalage sur des parcours virtuels montagnards. Avec le HT, je retrouvais des sensations de chaleur et de forte transpiration. Un peu le climat de là-bas.
Quelques sorties vélo en extérieur, mais les tenues ont changé : les températures sont descendues et c’était très humide. Sans oublier les sorties trail et la natation.
Second souci physique : à la sortie d’une séance chargée avec utilisation des plaquettes, ma clavicule gauche est bloquée, impossible de tourner la tête. Consultation chez l’ostéo qui me suit. Il faudra deux séances pour résoudre la pathologie.
Huit jours avant de m’envoler, l’orga envoie le règlement de l’épreuve. Ce triathlon n’est pas labellisé FFTRI. Obligation de prendre rendez-vous chez le médecin pour obtenir un certificat de non-contre-indication. Sésame récupéré à trois jours du départ.
Pour le second séjour
Je prends l’option d’arriver dix jours avant la course. C’est l’été dans l’hémisphère sud.
Mercredi, décollage : vol de nuit, 11 h, retardé. Arrivée en milieu de matinée, trois heures de décalage horaire.
Première journée off, récupération du voyage.
J’apprends que la météo ne va pas être top les premiers jours : un épisode tropical est positionné sur l’île.
Vendredi, sortie trail : 2 h, 12 km, 560 D+, averses, boue. Je détruis la semelle des HOKA Mafate.
Dimanche, sortie trail chemin des Anglais : 2 h 45, 15,5 km, 636 D+, chaleur, mais très humide.
Lundi, sortie vélo : 28 km, 670 D+, très chaud, plus une petite natation de 30’, 1 000 m.
Jours suivants : repos, pas de risque. Ce serait dommage, si près de la course. Reste juste à bien visualiser les deux montées, préparer le vélo et les tenues, le ravito. Je dois impérativement penser à bien m’hydrater les jours qui viennent.
Vendredi matin, je pars récupérer mon dossard.

Particularité : il faut déposer ses affaires de trail + un sac contenant le matériel obligatoire. L’orga fournit un sac et le monte à Cilaos. Je le récupérerai à T2, au stade.
Je me présente avec le maillot du club (merci Cécile). C’est une personne, ancien commissaire à Creil, connaissance de Seb, qui s’occupe de moi. Le gars connaît notre club et la date de notre run & bike.
Obligé : petite photo souvenir.
Ensuite, direction Saint-Pierre. Petit détour au Décathlon local, magasin absolument magnifique. Quelques achats, déjeuner à la cafétéria du Decath. Puis je descends à l’hôtel pour 14 h.
Idéalement situé, à 500 m de T1, je vais faire une reco à pied. Initialement, je pensais faire un petit run, mais la forte chaleur a tué toute envie.
Retour à l’hôtel, préparation du sac T1. Sieste et lecture en attendant ma nièce, qui me rejoint en bus après son taf.
Nous dînons vers 20 h 30, coucher 22 h.
Jour de course

Départ programmé : 2ᵉ vague, 6 h 15.
Lever 4 h, petit-déjeuner habituel. Massage des cuisses et des mollets pour les préparer à l’effort. Je m’enduis de crème solaire en prévision du vélo.
5 h, direction T1, plage de Saint-Pierre et sa jetée qui sert d’aire de transition. Pose du vélo à mon emplacement (à proximité de la sortie natation) avec les chaussures. En attendant, une petite banane et je bois. Petites photos et vidéos pour immortaliser ce spot de natation.
Température extérieure : 30 °C, eau à 26 °C.
Six bouées à passer dans le lagon, sortie à l’australienne. Deux canoës en sécurité !!!
Les explications du passage des bouées ne sont pas claires ; cela se confirme avec la vague 1 qui ne respecte pas le circuit prévu. Bon, de toute façon, je vais suivre.
À mon habitude, je ne pars pas dans la bagarre. Autant profiter pour poser ma nage, la journée sera longue.
Globalement, la natation se passe bien. Parfois, les coraux sont à 50 cm de profondeur (faire attention à ne pas se couper). Un tour, deux tours, ça passe vite.
J’en termine avec la natation : coup d’œil sur la montre, 30’.
Je cours récupérer mon sac sur les supports dédiés. On doit se changer à proximité ; le souci : peu de place. Obligé de pousser des spectateurs pour avoir une petite place sur le muret et m’asseoir pour me changer.
Je prends le temps de bien m’essuyer les pieds, pleins de sable (j’aurais dû prendre une bouteille d’eau pour les rincer, comme d’autres concurrents), remettre une bonne couche de crème solaire. Je finis de m’habiller, je repose le sac, je cours à mon emplacement.
J’allume le compteur, j’attrape mes chaussures et me voilà parti en courant vers la sortie du parc. J’ai 200 m à parcourir entre vélos et barrières. Je passe la ligne, j’enfile les chaussures, je monte sur le vélo. Et go !
De suite, j’ingurgite un gel et une gorgée d’eau. Je me rends compte que ma ceinture cardio ne transmet pas ma FC. J’essaie de la déplacer, rien à faire. Pas de panique : j’ai ma montre au poignet. Je la rallume en « fonction bike ». J’aurai la FC au poignet, pas aussi fiable, mais pour moi la FC est un paramètre très important. La cible sera 150/155 puls, avec une cadence souple.
Les douze premiers kilomètres, c’est du faux plat montant, on traverse la ravine.
Et bim, première patate pour rentrer dans Rivière-Saint-Louis. Traversée du village, ça redescend. On retraverse la ravine, puis on retrouve un faux plat montant. À partir de maintenant, boire et s’alimenter, car on va monter en altitude et en température. La vitesse qui se réduit ne dissipe pas la chaleur du corps. Je transpire énormément.
On traverse un village, Petit Serré. Je double un bus et des voitures qui sont bloquées. La route s’ouvre devant moi. Je double des concurrents de la vague 1 et de ma vague, mais me fais doubler par la vague 3, les seniors. Les jambes tournent bien. Certains virages sont très serrés et ça prend de la pente. Je lève mon cul de la selle pour relancer.
Au 28ᵉ km, on attaque 7 km de pente sévère pour atteindre Peter Both. Je n’hésite pas à finir mes bidons, car à la sortie du tunnel, un ravitaillement complet nous attend.
Un bordel organisé : les mecs avec leurs vélos devant les tables. Je pose mon vélo à proximité. Compliqué d’accéder, je me fais une place. Un bidon d’eau pure, un bidon avec deux gels mélangés à l’eau. J’avale une barre « Cliff » et des morceaux de banane.
Je remonte sur le vélo. Sortie de la zone, petit arrêt : un bénévole propose des éponges d’eau. Je me rafraîchis la tête et le cou. Arrêt long mais important. Il reste 1,5 km de montée jusqu’au tunnel qui va ouvrir la vue sur Cilaos.
Un bouchon d’automobilistes s’est créé avant l’entrée du tunnel. On remonte la file, traversée du tunnel (un sens de circulation). Une descente de 2,5 km, puis dernière montée de 5 km pour aller jusqu’au stade de Cilaos.
Entrée à T2 : on est super bien orienté vers notre emplacement, de l’espace entre les vélos. Mon sac, déposé lors de la récupération du dossard, est posé à mon emplacement.
Satisfait de ma montée : 2 h 45, avec l’arrêt au ravitaillement.
Je change de maillot, de chaussures. Mon ravito est dans mon sac. Je pars sans oublier l’arrêt pour remplir les flasques et la poche à eau.
Je sors de T2, température 35 °C. Stéphanie (« Guide trail Réunion » lors de mon premier séjour) m’encourage et m’accompagne quelques mètres. On échange quelques mots. Elle accompagnera une de ses amies pour la partie trail, ce qui est conseillé par l’organisation, surtout pour la descente. Je n’aurai pas cette chance. Elle sait que j’ai une revanche à prendre sur ce sentier.
Les cimes ne sont pas dans les nuages.
Je pars en courant tranquillement. Avant la sortie de Cilaos, un coup de cul : mode marche rapide activée. En haut, je trottine.
J’ai de bonnes sensations. Objectif : altitude 3 070 m. Ne pas s’arrêter dans la pente, toujours avancer.
Km 3 en 30 min. J’arrive au « Bloc », dernier ravito solide. Sur conseil des bénévoles, je prends juste de la pastèque trempée dans du sel (pour éviter d’éventuelles crampes).
Départ du sentier : des racines, des marches, des rochers, deux passages d’échelle. On grimpe en sous-bois jusqu’au refuge. Deux repères dans la montée : le belvédère (que je connais ; après, je plonge dans l’inconnu) et le kiosque où une source coule et nous permet de nous rafraîchir.
Ça ne parle pas beaucoup, tous les concurrents sont concentrés. Parfois, on peut admirer la vue, mais c’est surtout mes chaussures que je regarde. Mains sur les cuisses pour m’aider à pousser (les bâtons sont interdits sur tous les trails en compétition).
On double des randonneurs qui montent, on en croise qui descendent, qui nous laissent passer, toujours avec un petit mot d’encouragement. Je pense à prendre mes barres pour garder suffisamment d’énergie. Durant la montée, on passe dans un nuage (la « farine », comme ils disent ici).
Les coureurs rapides annoncent « droite » ou « gauche », mais savent patienter quand le sentier est technique ou trop étroit.
Km 9, 2 h 30 de run. J’arrive à proximité du refuge, dernier ravito : 1 litre d’eau distribué par coureur (ravito monté par hélico). Je croise les premiers qui descendent, dont Marjolène Pierré et Julien Absalon, qui laissent la priorité à ceux qui montent.
Il reste 3 km et 600 m de D+. La fatigue et la chaleur commencent à peser sur l’organisme.
Nous sommes au-dessus des nuages. Jusqu’en haut, le terrain est à découvert : que des pierres, des scories, et ça grimpe. Je dois continuer à lever les cuisses pour avancer. À partir de 2 600 m, je ralentis. Mon organisme commence à m’envoyer des signaux. Je sens ma tête qui tourne, je perds une première fois l’équilibre. On me demande si ça va, je bois (on m’avait prévenu : surtout boire).
La pente s’accentue et la température est quand même à 28 °C. Une seconde fois, mon pied roule sur les petits cailloux, je me retrouve au sol. C’est vraiment dur. Pas le choix, il faut avancer : « ti pas, ti pas », comme ils disent ici. Tous les coureurs qui descendent lancent un petit mot d’encouragement.
Enfin, j’atteins le sommet. Une délivrance. On me passe la médaille autour du cou.

Stéphanie, la guide de montagne, arrive 15 min après moi avec sa coureuse. Quelques photos souvenirs pour immortaliser cette dinguerie.
Je ne suis pas prêt d’y remonter, au Piton des Neiges !!!
Temps réalisé : 7 h 41
Maintenant, il faut redescendre jusqu’au refuge avec un concurrent de Saint-Malo, sous une belle météo.
Puis la météo commence à se dégrader. Et ici, quand il pleut, ça ne fait pas semblant, mais la température reste agréable. En revanche, le sentier fait une mini-ravine. Ça glisse de partout avec les racines et les cailloux. Deux chutes sur les fesses.
J’arrive en bas du sentier, ma nièce m’attend. Je suis littéralement trempé, je me change dans le Partner. Puis nous allons récupérer les goodies : tee-shirt, serviette de bain, sans oublier mon vélo et mes sacs au parc fermé.
Direction la maison. Dans la descente de Cilaos, des chutes de pierres dues aux précipitations. Impressionnant. Le soir, à 20 h, la route était fermée pour raisons de sécurité.
Heureusement pour nous, la course s’est déroulée sous une belle météo.
Le plus beau triathlon fait à ce jour pour moi.
Au dos de la serviette : le nom et le prénom de tous les concurrents 0–3000.







