
108 km / 3500 m D+ / 3600 m D-
Encore une idée bien débile…
Un peu de contexte : mes anciens voisins ont déménagé à Toulouse et, pour fêter ses 40 ans, mon voisin a la bonne idée de vouloir faire son premier ultra-trail. Il cherche donc du monde pour l’accompagner.
Il faut être au taquet pour les inscriptions, car il n’y a « que » 500 dossards sur le TA105 et les places partent vite.
Inscription faite ☺️ Nous serons donc 3 sur le 105 km, 1 sur le 50 km et 2 sur le 13 km.
Il ne me reste plus qu’à m’entraîner. Je me tourne donc une nouvelle fois vers Michel, qui a accepté de gérer la prépa : plus de 1200 km en 5 mois et 13 000 m de D+.
C’est parti pour le voyage, direction Sainte-Geniez-d’Olt. Je pars le jeudi pour faire une halte chez un pote en Auvergne. Il me restera 250 km le vendredi pour rejoindre le logement et les copains.
Vendredi, 14 h : ouverture pour récupérer le dossard et la dotation.
L’après-midi est consacré à la préparation du sac de course et des sacs ravito que je donnerai à l’équipe de soutien.
Un dernier footing pour déverrouiller les jambes, un bon dîner préparé par l’équipe de soutien, puis une courte nuit, mais réparatrice.
Couché à 22 h le vendredi, le réveil sonne à 3 h 15. Petit déjeuner expédié, nous nous dirigeons vers la navette de 4 h 15 pour Bertholène (lieu du départ).
Nous attendons dans la salle ; j’en profite pour m’allonger… et je m’endors. C’est bien la première fois que je ne suis pas stressé avant un départ ☺️

Briefing, puis tous les concurrents se dirigent vers le château de Bertholène. Le départ est donné par un concurrent de l’année précédente, victime d’un arrêt cardiaque pendant l’épreuve et sauvé par les personnes à côté de lui grâce aux premiers secours (d’où l’importance d’avoir son téléphone et une batterie externe).
Départ à 6 h pétantes, avec feu d’artifice !
Il fait froid au petit matin. Nous partons ensemble. La météo sera clémente, voire un peu chaude.
Nous restons groupés jusqu’au 21e km, puis je prends doucement le large. Le jour se lève, la température monte : la journée va être longue, mais chouette.
Le parcours est très bien fléché, les bénévoles font un travail incroyable.
30e km : mon genou se réveille. Je commence à alterner marche et course.
J’arrive au marathon, où se trouve un point d’eau. Je m’arrête 20 minutes avec les secours, mais il n’y a personne pour me soigner : le médecin est au 55e km. Je repars en serrant les dents.
J’arrive au 55e km, à Laguiole, en boitant. Je retrouve l’équipe de soutien. Assis sur une chaise de jardin, je mange mon ravito perso.
Je leur dis que je n’irai pas plus loin : mon genou me fait trop mal.
Derrière nous, un coureur se fait strapper. Mes amis vont voir la personne : Aurélie, kiné/ostéo, venue soutenir son frère.
Elle accepte de regarder mon genou : manipulation… puis pose d’un taping.


Je repars, peu confiant.
MAGIQUE !!!
Au bout de 3 km : je cours. Je double. Je double encore. Plus de douleur.
Le moral revient. Je sais que je vais finir.
Direction le ravito du 75e km, annoncé comme gargantuesque — et il l’est : une table de 30 mètres, soupe, pizzas, tartines, saucissons… c’est ÉNORME !
En repartant, je me change : le soleil se couche.
Direction le 90e km, dernier point d’eau. Je vois une dernière fois l’équipe de soutien.
La nuit tombe : désormais, ce sera à la frontale.
Les 18 derniers kilomètres sont durs. J’ai mal aux cuisses, mais surtout aux pieds.
Du 90e au 97e km, nous longeons une rivière que nous traversons 4 ou 5 fois : pas de pont, seulement des cailloux… et parfois une corde pour aider.
Pieds mouillés, ampoules qui apparaissent : ça devient très dur. Je marche plus que je ne cours.
Ajoute à ça 500 à 600 m de dénivelé négatif : mes pieds n’en peuvent plus.
100e km : je suis vidé. Mes pieds sont en sang.
Je m’arrête 10 minutes avec les bénévoles. Impossible d’avaler gels ou barres. Il me reste des compotes et… du saucisson dans les poches 😍, mais rien ne passe.
Une bénévole me donne une banane : ça passe.
Je repars. Je marche.
Les descentes sont une horreur. Il reste 3 km. Je suis à bout.
Je continue de mâcher du saucisson.
Je marche depuis un moment.
Puis je vois la ville.
Plus que 1 km.
Je fais un selfie que j’envoie à ma marraine, ancienne traileuse qui se bat contre un cancer :
« Tata, ce finish, il est pour toi. »
Je vois la salle d’arrivée.
Je passe la ligne.
Je suis finisher.
Grosse ambiance.
Je vois l’équipe de soutien, sans eux, la course se serait arrêtée bien plus tôt.
Encore 5 marches…
… et la médaille.
Je peux enfin me poser… ah bah non !
L’équipe de soutien a retrouvé Aurélie, la kiné. Je vais la voir et je l’embrasse pour la remercier : sans elle, la course se serait arrêtée à Laguiole.
Un énorme merci à l’équipe de soutien, qui a fait un travail incroyable.
Merci à Michel pour la préparation.
Un merci gigantesque à ma chérie, qui m’a soutenu pendant toute la prépa et pour ses petits messages tout au long de la course, ainsi qu’à ma fille, qui m’a envoyé plein de messages.
Merci aux ASTRES, qui ont suivi l’arrivée en live et m’ont écrit dès la ligne franchie.
Ça a été une belle… mais douloureuse aventure.










