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L’histoire d’une course pas comme les autres

NICE – 4H00, Jour J. Le réveil sonne mais n’a pas besoin de me réveiller ; la nuit a été courte et angoissante. Il parait que c’est normal la première fois et je n’ai pas échappé à la règle ! Mon premier réflexe est de me fixer la puce (j’ai failli dormir avec) puis m’alimenter en vue de cette longue journée. Je ne suis pas un gros mangeur du matin mais cette fois je dois me forcer : un grand café, Gatosport, une petite assiette de pâtes au beurre et un jus de fruit. Je termine mon dernier cachet Isoxan sport endurance, cure de 15 jours spécialement planifiée pour se terminer ce jour. Petite toilette, estomac noué et passage aux WC obligé ; les habitués des courses seront de quoi je parle ! 😉 Re-re-re-revérification du sac SWIM et il est déjà l’heure de partir ; 4h45, en route vers la grande bleue !

Route sans encombre à cette heure, nous arrivons vers 5h15 et avons la chance de trouver une place rapidement ! Nous n’avons que quelques centaines de mètres à parcourir sur la promenade. Plus le parc à vélo se rapproche et plus la concentration de triathlètes est importante : la pression monte !

Le parc à vélo est tout simplement immense ! Je dois le remonter quasiment entièrement pour arriver enfin à la rangée 601-650. J’y retrouve mon vélo, entreposé la veille, dégonfle et regonfle les pneus, charge ma pochette d’alimentation ; au menu, barres salées overstim, noix de cajou et amandes grillées et salées. Je n’ai prévu de manger que du salé sur le vélo hormis les gels. Je fixe mon bidon de boisson malto, reste bien 5 minutes à regarder les autres préparer leur vélo à m’imprégner de l’ambiance électrique d’avant course. Il est bientôt 6h00, le parc va fermer et il est temps de se mettre en combinaison. Je rejoins ensuite la file de pingouins qui se dirige vers la mer et m’installe dans le sas -1h18. La musique augmente, le speaker réveille la foule, il reste un peu plus de 20 minutes d’attente, ca va être long ! Je profite de ce moment pour me concentrer et m’imprégner encore et toujours de l’ambiance. Je regarde la mer et la bouée au loin, un coup d’œil derrière pour voir la foule qui s’est amassée au dessus, j’écoute la musique, fixe l’hélicoptère.

BOUM ! Départ des pros ! Respiration lente, décharge d’adrénaline !

BANG ! Tout s’enchaîne !

6h30 pétante, NICE, Plage du centenaire, GOUBERT Régis, dossard n°644 s’élance sur son premier IronMan !

Je suis en troisième rangée, le front est large et la bataille tant redoutée n’a pas lieu. Je suis un peu gêné au départ, doit nager en polo pour me placer mais me retrouve rapidement avec de larges espaces et de la place devant moi. A partir de là, je vais nager à mon rythme en faisant même du 3 temps régulièrement. Je m’arrêterai quelques secondes à la sortie à l’australienne pour resserrer ma puce qui avait été accrochée par un autre nageur. Les derniers 1400 mètres se passeront sans encombre et ferais un petit coucou à une belle méduse bien paisible au milieu de tous ces fous.

Aire de transition : ACTE I

Première satisfaction, je sors de l’eau sans m’être mis dans le rouge et m’essoufflerai même plus lors de la remontée à pied vers le parc à vélo ! Je passe sous la FINISH LINE en 1h05 et lui dit à tout à l’heure. Transition sans soucis, chaussures à la main ayant une grosse partie à faire à pied jusqu’au vélo. Je saisis le vélo, trottine jusqu’à la ligne bleue, monte sur le vélo, salue ma supportrice number ONE et c’est parti pour 180 km.

Sur la promenade, ça part vite en léger faux plat descendant mais les sensations ne sont pas bonnes. Les jambes me semblent fatiguées et un petit mal de tête me dérange ; je sens tout de suite que je ne suis pas dans un grand jour pour le vélo. Peu importe, gérer l’effort, boire, manger seront mes principales préoccupations.

Je connais le parcours par cœur et je sais que je dois temporiser jusqu’au Col de l’Ecre, 70ème km, 1120 m d’altitude. La première difficulté du parcours, Côte de la Condamine, 25ème km, 10 à 12% sur 500m réveille enfin le cardio. Je la passe sans m’enflammer, sur mon 39×25 prévu spécialement pour l’occasion ; par la suite, je ne reviendrai plus sur ce développement. Je profite de cette mise en jambe pour accomplir la montée sur Gattières en rythme et essaye de profiter un peu du paysage qui s’offre à nous. S’ensuit une longue portion de séries de faux plats montants où l’on traverse plusieurs villages. Je suis en position aéro, juste au dessus des 30 km/h et tourne les jambes. Surtout ne pas s’emballer et mettre du gros !

Se profile la première descente du parcours sur 8 km avant d’attaquer les 20 km d’ascension. Je prends le ravitaillement en haut et commence la descente. Et là, se confirme que je suis nul en descente ! Je me fais doubler et doubler et doubler et ne dépasse personne ! Je revois des gars que j’ai doublé en montée ! Tant pis, j’en profite pour me ré-alimenter et me prépare pour l’ascension du col.

Le début est progressif puis virage à droite et montée plus raide sur 2-3 km, ensuite une partie plus roulante et même descendante sur un petit bout. Arrivée sur Gourdon, inscrit aux plus beaux villages de France, reste l’ascension finale. Je monte tout assis, relance très rarement en danseuse alors que d’habitude j’adore monter debout. Aujourd’hui, je ne le sens pas. J’arrive en haut, la moyenne est descendue à 27 km/h mais je sais la 2ème partie plus roulante. D’ailleurs, sur le Plateau de Caussol, je me rassure tout de suite en remettant la plaque et relance à 40 km/h ; ca va, la 1ère partie n’a pas trop laissé de traces. Je profite ensuite de la longue descente agréable sur Gréolières, ne regarde plus ceux qui me doublent et attends le 100ème kilomètre sereinement. Arrivé à ce village, il reste un petit bout de descente avant d’attaquer la dernière difficulté du parcours, une montée de 7 km à 5-6%. Je prends un gel en bas et la monte à un bon rythme sans me mettre dans le rouge. Il ne reste plus qu’à garder une bonne allure sur la partie aller-retour du Col de Vence. Au demi-tour, je relance et entends la voix de ma mère : « Allez Régis ! ». Je n’ai pas le temps de me retourner, lève un bras pour dire que j’ai capté et retourne dans ma course. Cela me donne un coup de boost, c’est sympa, mes parents sont montés jusqu’au col pour m’encourager ! Reste la longue descente jusqu’à la plaine du Var en passant par une petite remontée de 2 km. Je passe celle-ci debout sur la plaque, bonne nouvelle ! Je me sens de mieux en mieux en montée, mauvaise nouvelle ! Il n’y en a plus ! Malgré ma faible allure en descente, j’arrive tout de même rapidement sur la dernière partie empruntée le matin ; 25km, plat, vent de face ! Ma moyenne est revenue juste au dessus des 30km/h. Je suis dans mon objectif espéré et décide de ne pas en faire plus. Face au vent, je me mets en position aéro, tête dans le guidon et file entre 30-35km/h en essayant de ne jamais forcer. Arrivé à l’aéroport, je descends sur le petit plateau et remonte la promenade en tournant les jambes. Le marathon approche, je croise les premiers coureurs, il fait chaud, je suis fatigué et inquiet.

Aire de transition : ACTE II

Ca y est, 2ème fois dans l’air de transition. Je recroise un légionnaire que j’avais vu lors du vélo et lui fait part de mon inquiétude : « Pffff ! Ca va être dur ! », il me répond : « on est là pour ça » et ne peut que lui dire : « oui, c’est vrai ! ». Je raconte ça car c’est un des rares dialogues que j’ai eu pendant la course et que celui-ci m’a certainement remotivé au bon moment. Bref, transition assez rapide, changement de chaussettes, casquette, crème solaire, bouteille de powerade et c’est parti pour ce marathon tant redouté !

Je sors, et là c’est fort ! Musique à fond, la foule, du bruit…

un coup d’œil à la FINISH LINE, 07h05, j’enlève les 5 minutes des pros….cool, je suis en 7h00 comme « prévu » ou plutôt espéré ! Si je suis capable de faire la course à pied en moins de 4 h je peux être sous les 11 h doucement espérées ! Emotions obligent, je pars trop vite mais un coup d’œil à mon Garmin me freine tout de suite. Après difficile de raconter, tout est vague.

1 er tour, aéroport, pause pipi, je repars dur dur.

Fin 1er tour, 1er chouchou, 1ère victoire : je récupère un chouchou et d’un poing rageur fait « YES » ! Je connais maintenant cette boucle de 10,5 km. Allez encore 3 fois !

2 ème tour, aéroport, j’entends derrière moi, « Vas-y François ! ». Je me retourne, c’est Chabaud qui arrive à moitié en marchant à moitié en courant. Je me dis que même les pros peuvent craquer !! Il arrive à ma hauteur et je lui dis : « Vas-y François ! Allez l’armée de terre ! ». Il lutte un peu, peste puis arrive à se relancer et s’éloigne tout doucement de moi. Il lui reste 5 km, il m’en reste 25 !

Fin 2ème tour, 2ème chouchou, 2ème victoire. Semi-marathon passé en dessous des 2 heures, continues mon gars, t’es sur la bonne voie ! 3 ème tour, il y a de plus en plus de marcheurs, je les double, les croise et me dit : « toi, il n’en est pas question ! ». L’allure baisse, je regarde très peu mon Garmin. Gels, douche, ravito, course à pied, douche, marche aux ravitos, course à pied…………………

3 ème chouchou, 3ème victoire, la prochaine c’est l’arrivée !

Il reste un tour, le dernier pour être un Ironman, tu ne peux plus craquer !et c’est reparti……dans le dur ! La routine, de ravito en ravito, de douche en douche. La tête droite, la bouche ouverte, le regard vague fixé vers le bout de la route, je passe au milieu des bénévoles tel un zombi. Je tends les bras pour saisir les gobelets, bois le coca, me balance l’eau à travers la figure. Dernier demi-tour, j’aperçois encore une fois au loin ce maudit Negresco, qu’il paraît loin, que cette promenade des anglais est grande ! 1 km après, la fringale arrive d’un coup. Heureusement les ravitos sont proches et je m’envois deux gros morceaux de bananes, un gel. Il me reste 3 km, je sens qu’il est tant que ça se finisse !
Encore un gel, le tout dernier, le sprint air, le dernier prévu et la fin qui approche ! Je remonte la fermeture éclair de la trifonction, enlève la casquette, mets les lunettes sur la tête, bref me fait beau pour l’arrivée !

La classe quoi ! Je tape dans la main du contrôleur de chouchous qui me dit : »Bravo Régis ! ». Je serre le poing « YES !».

Je n’ai plus mal ! virage à droite serré, 10m, virage à gauche serré et là ……… ……..Mesdames, Messieurs ! Tapis bleu ! Foule ! Bruit ! Musique ! Speakers !

Et FINISH LINE !!!!!

Ce moment, je l’ai rêvé, imaginé sous toutes ces formes durant tous ces longs entraînements………j’y suis !

Mes enfants sont là, à m’attendre sagement. Ils ont le sourire, j’ai le sourire. Leur tee-shirt fait pour la fête des pères est enfin vrai : « MON PAPA EST UN IRONMAN »

Je leur prends la main et leur dit : « doucement », mais ils ont la pêche et m’entraîne à toute allure vers la ligne. Je cherche du regard ma chérie mais ne vois plus rien.

En un éclair, m’y voilà, je ferme les yeux, lève un bras au ciel le poing fermé et comme dirait le speaker : REGIS, YOU ARE AN …………………..IRONMAN !!!!!!!

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