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Embrunman : le mythe !

Penser que la vie humaine ne peut ’être régie que par la raison, c’est nier la possibilité même de la vivre.

Christopher MCCANDLESS

« Tu fais du triathlon ? Oui. Tu as déjà fait des Ironman ? Oui. L’Embrunman ? Non. Pourquoi ? Je le ferais quand je serais grand. »

Voilà en gros ce que j’ai répondu une paire de fois depuis ses dernières
années. Cette suite de questions en dit long sur plusieurs choses : le triathlon reste trop collé à l’image des Ironman et l’Embrunman reste une course à part, un mythe. Pourquoi ? Sans doute par le poids de son histoire, 36 ans qu’elle existe, la planète triathlon s’y est rendu. Parce qu’elle n’a pas exploser face au géant Ironman et sans doute pour la difficulté de son parcours. En lisant l’historique de la course on découvre même que les médecins s’opposaient à ce qu’une course si difficile est lieux.
Ambiance…

Fin 2013, me voici en tant que bénévole au bike and run de Creil. Ma première licence de triathlon est en poche. Lors du déjeuner post course, Fred V. nous diffuse une vidéo de ses 13 dingues du club partis à la conquête de l’Embrunman. Whaou, ça doit être énorme de vivre ça. Ils sont tous finisher en plus.
Ses gens ne sont pas normaux. Je discute avec plusieurs de ses fous pour comprendre comment ils peuvent faire ça ? Pat me dit : « un jour toi aussi tu le feras ». Non mais tu n’es pas fou toi ! A l’époque, ma plus longue distance était un M.

La suite n’est qu’un long apprentissage, une longue progression. Jusqu’à mon premier Ironman en 2015

Comme tout le monde j’ai dû répondre que je n’en ferais qu’un… Que c’est trop dur… Que ça fait trop mal… Et comme beaucoup j’ai replongé. L’émotion des finish line, l’adrénaline de la course, les sorties longues entre amis, les gens rencontrés ne sont qu’une petite partie de ce qui nous fait signer encore et encore. Oui mais toujours pas Embrun. Cette course me fait définitivement peur. Je ferais ça quand je serais grand !

Jusqu’à un matin ou l’on comprend qui vivre c’est aujourd’hui, qu’échouer c’est apprendre, que le chrono n’est pas une épée de Damoclès et qu’on fond… tout ça n’est pas très grave, ni important. C’est décidé, en 2019 on fait l’Embrunman.

Oui mais… comment résister à l’Ironman de Nice. Si choisir c’est renoncer, aujourd’hui je fais le choix d’avancer. Bim, deux Ironman en 1,5 mois.
Cette décision est tout sauf non réfléchie. Tout sauf stupide. Non, nous n’allons pas nous mettre en danger. Non, nous n’avons pas perdu la tête. Non, nous ne tournons pas le dos à nos amis et à notre famille. Le programme va être lourd, l’année tendue. C’est assez « marrant » comme au départ tout le monde vous soutient dans vos projets puis comme au fil des années, cela s’effiloche. Au travail si vous parlez de vos objectifs extra professionnels on vous répond « mais tu as encore le temps de bosser ? », dans la sphère privée on vous demande quand vous aller vous arrêter et au niveau sportif les résultats semblent devenir de plus en plus routiniers.

Parenthèses fermées, je trouve qu’il est toujours important de livrer le contexte avant de raconter l’histoire.

J+8 jours après l’Ironman de Nice. 5,5 semaines avant la course. Reprise de l’entrainement. Cette pause fait du bien à la tête mais pas au corps ! Quand tu lui donnes des heures de sports quotidiens, ça lui fait mal de s’arrêter d’un coup ! En gros pour gérer ses quelques jours avant le prochain Ironman l’idée est surtout de faire du vélo. Beaucoup de vélo. Direction les Ardennes pour une première session de bike packing. 430 km en 2,5 jours ! Puis 6 jours plus tard une boucle entre la maison et Londres (28h de vélo en 4 jours). Ça fait les jambes, mais pas que 😉 Cette phase fait beaucoup de bien à la tête et au corps. A 10 jours de la course, petit détour par le tri de Cayeux afin de remettre du rythme. Tout se passe à merveille. Nice est digéré et j’ai envie d’Embrun. 

Embrun, nous voici !

Les vacances viennent d’être lancées, nous descendons stresser comme avant une première ! Sur place nous retrouvons nos amis, famille, copains d’autres club etc. C’est terriblement frustrant d’être dans un si bel endroit et de se retenir de faire du sport, de la rando etc. Du coup, on se cale quelques tours de manivelle, du paddle et de la natation. Nous sommes 4 du club à participer à la version XXL. Ma Jeujeu, Flo, myself & COPAIN !!!! Ah mon copain (Charles pour les non-initiés !), depuis toutes ses années que l’on fait du sport ensemble, enfin nous allons vivre un Ironman ensemble. Le mec est venu m’encourager sur mon 1er half le lendemain de son anniversaire (ou je n’étais pas présent du coup) sans même avoir pris le temps de dormir ; a pris l’avion pour me faire la surprise de m’encourager sur mon 1er Ironman à Nice. Nous avons fait plusieurs trails longue distance ensemble etc. Bref notre dame mélancolie sort de ce corps et fait en sorte que je revienne au CR de la course !!!! Jour J (bienvenue à ceux n’ayant pas lu les parties précédentes, vous venez de gagner deux pages !) : Réveil matin 4h, j’me réveille comme une fleur ! Pas compliqué quand tu n’as pas vraiment dormi ! La journée commence par un superbe message d’encouragement de Maureen à destination de sa maman et de moi. Ça fonctionne mieux que le café ça. 30’ plus tard nous sommes en route (5km du centre). On se gare chez Flo (à 150 m du parc à vélo). Le mec doit avoir 4x moins d’entrainement que moi cette année, il va attaquer son 3ème Embrunman et il commence sa journée par fumer une clope ! La décontraction vient de trouver son maître !
Allez, on avance dans la nuit direction une très longue journée. Petit coucou à mes parents encore et toujours présent. [Par ailleurs si vous vous posez des questions sur les orga etc. vu le nombre de courses à leur actifs, je crois qu’ils vont pouvoir écrire un bouquin !]. Dans le parc je retrouve Christophe, mon poto de Charentes et Charles. Bon soyons claire, il n’a pas la tête du mec serein ce matin 😊. Je le sens stressé, mais comment ne pas l’être. Déjà que moi je suis tendu comme une crampe ! Il est temps de répéter les gestes fait des dizaines et des dizaines de fois pour préparer le matériel. Seule différence ici, la course est tellement longue que je prendrais le temps de me changer intégralement sur mes deux transitions (une première).

J’enfile ma combi, vais faire un dernier bécos à mon poto et file dans la zone d’échauffement avec ma chérie (les féminies partent 10’ plus tôt). L’eau est assez bonne, plus agréable que l’aire froid extérieur.
Je tremble d’ailleurs depuis plusieurs minutes. C’est assez dingue, il fait nuit noire. On ne voit rien du tout dans l’eau. Sale temps pour les claustrophobes ! Il est déjà temps de sortir et de filer dans le sas de départ. J’échange quelques mots avec ma douce avant qu’elle ne file avec les 79 autres femmes affronter le mythe. A ce moment je retrouverais bien
les copains mais je me rends compte que tout est bloqué.
Je suis à côté de triathlètes professionnels. Tout le monde se scrute. Je me
marre en me disant que je ne suis PAS du tout à ma place là de suite !!! 5h50 la première féminine de l’histoire du club à s’engager ici vient de plonger dans le plan d’eau ou seuls les reflets de la lune vont la guider. Ta course vient de commencer. Que les minutes nous séparant de notre départ sont longues… Enfin c’est à nous d’avancer sur la ligne de départ. Bises à mes parents, je laisse finalement les stars se positionner en première ligne 😉 et me place au milieu. Tout content que Flo me retrouve par ailleurs. Papoter et dire 3 conneries avant le départ ça détend de ouf. Une pensée aux absents, Papit’ tu vas venir nager un peu avec moi si tu veux bien ?! Une pensée au présent, amusez-vous bien les copains et rdv dans de longues heures.

5h59… Les poumons se gonflent, le silence se fait, je dégluti une dernière fois. Certaines secondes durent des heures. Dernière expiration et…

Pan ! Il est 6h, le départ est donné. A l’ancienne, en mass start. Je traduis pour les non-initiés : on va se prendre une grosse distribution de baffes. 1 000 mecs lâchés tous ensemble de nuit dans la flotte…
J’aime autant dire tout de suite que tout le monde ne gère pas son stress de la même façon. La panique faisant parfois mal agir même les plus gentils. Sinon la course ?! Beh en gros tu nages les yeux fermés dans une piscine municipale en plein été quand toutes les colonies de vacances se sont donné rendez-vous sur le même créneau. Aux premiers passages de bouées, quasi tout le monde passe en brasse car ça « bouchonne » un peu. Au bout de 20’ je suis enfin tranquille et peu nager normalement. La lune décline pour laisser place aux premiers rayons du soleil. Merde, c’est tellement beau. Il faut donc faire tout ça pour pouvoir profiter de ses instants magnifiques ? Que c’est bon, je profite, je savoure. Le second tour m’amenant aux 4 000 m n’est que du plaisir. Je nage comme si c’était la dernière fois.
L’eau glisse sur mon visage, elle est douce. Mes bras tournent mécaniquement pour me faire glisser (les puristes me voient plutôt couler et lutter contre les éléments, mais ce qui compte se sont mes sensations !).
Il est désormais temps de se redresser pour regagner l’aire de transition. Jeujeu n’est plus à sa place (ce qui est normal). Je prends le temps de me changer pour faire faire à cette épreuve digne des plus mythique du tour de France. Un petit mot a Flo qui vient d’arriver. Puis un a moi-même ! Allez mon lapin, il est temps. Je file

A Embrun tu attaques direct par un mur, ça a le mérite de te mettre dans le tempo d’entrée. Il y a une foule impressionnante. Les petits jeunes du club donnent de la voix, je croise aussi Seb, Pat, Rémy, Valentin et tant d’autres. Gwendo, Linda, les amis des autres clubs. J’ai fait le choix de juste mettre un
maillot vélo et des manchettes. J’ai au cas où un Kway compressé. Mais je n’ai finalement pas si froid.
Je me le suis promis. Je vais gérer cette partie vélo. Il est tant au bout de 5 ironman d’essayer de gérer un peu ! Donc je me cale au cardio 75% RFC.

Kilomètre 10, je croise Chouchou (Christophe) en pleine pause technique sur le côté. Etant donné son niveau il va bientôt me rattraper.
Km 20, un maillot Astre ! Un vélo rouge ? Yahoooooo ma Jeujeu ! Quelques mots échangés (pour l’anecdote j’ai failli me vautrer dans le bas-côté en me retournant pour lui parler… stay focus) et on attaque les premières descentes. Non je n’irais pas vite. Je me fais donc doubler. Coup d’œil au compteur… 70 km/h. Mes freins sentent déjà le brulé. Rien de bien rassurant. Virage à gauche. Oh ! Le lac de Serre Ponçon dévoile toute sa beauté. Je me surprends à crier comme un con ! Le paysage est magnifique. Nous sommes face au soleil devant un lac bleu azur, le tout entouré de montagnes aussi majestueuses que leur histoire. Quand copain va passer ici il va être content de son choix de course, c’est sûr ! Je me demande toujours ce qui peut bien animer les groupes de 15 gus, roulant en pelotons alors que l’on ne joue pas la victoire ?! Je fais l’effort de les passer pour me faire déposer 5’ plus tard… Oui on ne fait pas le poids seul face à des pelotons. J’arrive enfin sur le rond-point des Orres, la foule est compacte et donne beaucoup de voix. Mais je l’ai dit, aujourd’hui rien ne me sortira de ma course. J’approche enfin de la maison de loc. Petite pensée pour Momo qui a dû être rejoint par mes parents pour venir nous voir sur le parcours. Guillestre, Gorges du Guill. Je suis sur mon rythme, surpris de ne pas revoir
Chouchou me doubler. Je mange bien (que du solide, pas de gels), me régale à manger nos mini sandwich. Hors de question d’avoir des maux de bide sur cette course. Dans mes gourdes juste de la grenadine et du sel. A chaque ravito je prends de l’eau à la volée (des bidons sont données). On approche… Dernier virage à gauche et c’est parti pour l’ascension du col de l’Izoard. Je l’ai déjà monté deux fois à l’entrainement, c’est un gros
plus. Il fait déjà chaud, le cardio grimpe vite en flèche. Bon beh je lève le pied. Je suis tout à gauche et prend mon mal en patience. J’ai 1h15 d’avance sur la barrière horaire. Punaise, je n’ai qu’1h15 ? Mince j’espère que Charles n’a pas pris trop de temps à nager et qu’il va passer sans soucis. L’an passé nous nous sommes tous les deux fait sortir pour la première fois de notre vie sur une barrière horaire lors d’un trail. Ce mauvais souvenir viens me faire dresser les poils dans le dos. Je m’asperge copieusement au ravito à mi ascension. Ça tape comme on dit. Plus qu’un kilomètre désormais. Qui vois-je ? Ma Jeujeu qui n’est plus qu’à 100 m de moi. Oula, elle a dû monter fort la bougresse. Faut dire que de mon côté j’y réalise mon chrono le plus lent.
Ravito perso. Je reprends mes bidons que j’avais congelé la veille, ils sont frais c’est un bonheur (merci Marc). Je fais le plein de sandwich et autres barres. Je fais coucou à ma chérie que ne m’avais pas vu.

Allez, je bascule désormais de l’autre côté. Là ça descend fort et vite. Il fait assez froid du coup avec la vitesse. Mais je sais qu’en me rapprochant de la vallée ça ira mieux. Certains descendent vraiment comme des balles. Piano piano. A la sortie de Briançon mes parents et Momo m’encouragent. Mon
père me dit que Christophe est 3 minutes devant ? Euh, on ne s’est pas vu lorsqu’il m’a doublé ?? « Et Charles » ? Il attaque la descente ! Ouf, cette barrière est déjà passé… Je roule depuis plusieurs heures et me sent encore super frais. Quelles sensations agréables. Autre source d’étonnement, le nombre de mec qui se font accompagner par des cyclistes. On ne doit pas pratique le même sport. Mais bon je fais la course pour moi donc je les oublis vite. Le parcours ne cesse de dévoiler sa splendeur au fils des coups de pédales. Passez-moi l’expression, mais ça sent l’histoire ses routes ! Je n’étais pas né que déjà des types se tiraient la bourre ici. Tiens en parlant d’histoire me voici au fameux « mur de Pallon ». Pallon peu, pallon bien… Tu vois les côtes ou tes ados te disent « non mais même pas à pieds, tu
rêves ». Bon beh tu l’imagines deux fois plus raide et tu y es ! Mes parents aussi y sont. Je monte une bonne partie de ce 1,5 km en danseuse pour me détendre un peu. Je sors quelques bêtises au spectateurs, fidèle à moi-même ; caler de l’humour en toutes circonstances !!! Je pense aux photos des anciens du club qui sont passés dans cette côte. Je pense à leur CR de course ou je m’imaginais ici. Et là j’y suis. Merci ! Plus que quelques dizaines de kilomètres avant de rejoindre Embrun et la dernière ascension du jour. La côte de Chalvet. Je l’ai également repéré deux fois (dont la dernière il y a quelques jours) avec ma moitié histoire de ne pas trop souffrir. Bon beh ça ne marche pas ! Je souffre quand même ! Euh c’est quoi ça au sol ? 4 étoiles et le mot feeling ! C’est un coup de Seb ça je crois bien. Il assure le mec. Le petit mot qui va bien quand ça pique le plus. 500 m plus loin, je le vois avec Rémy sortir du coffre de la voiture pour donner de la voix et me pousser à finir. Ça vaut dix gels au moins ça.
Je demande rapidement des nouvelles de Flo, Charles et Jeujeu. En gros, tout va bien fais ta course 😉
Il ne m’en fallait pas plus. Dernière descente technique. Je me concentre bien pour éviter de me foutre en l’air.
Me voici à T2, frais comme un gardon. Si si. Je me paie même le luxe de refuser le massage qui m’est proposé pendant que je me change. Je crève d’envie de m’attaque à ce marathon. Je sais qu’il est réputé très difficile avec son dénivelé. Je sais que courir après un si gros vélo c’est ambitieux. Mais je l’ai dit. Sur cette course j’irais au bout. Un jour je ferais moins de 4h sur marathon IM. Pourquoi pas aujourd’hui ?

Au risque de me répéter, mais encore merci à tous ceux présent sur le bord de la route. Les encouragements ne cessent. Il y a des astres, des amis etc. partout c’est dingue. Tiens d’ailleurs Gwendo viens courir 100 m à mes côtés pour me faire un débrief. T’inquiète Charles est toujours en
course. Chouchou n’arrive plus à manger. Jeujeu va arriver à la transition. 300 m plus loin c’est Seb et Pat. Il est ou Flo ? Il va arriver, t’inquiète. Ça a été votre course ? (ils faisaient le M le matin). Oui oui !
C’est que finalement au bout de 10 h on commence à se faire chier ! Moi j’ai envie de parler !! J’ai une bonne allure, j’ai la pêche. Je commence à prendre des gels (environ tous les 7 km. Pas de maux de ventre,
rien. Enfin si. Envie de courir. Je dois à plusieurs moments me ralentir car j’ai tendance à aller au-delà de la limite que je me suis fixée. Arrive enfin la
« fameuse » côte. Bon bah ils n’ont pas exagéré ! Elle pique la tronche ! Mais je ne cesse de me dire qu’avec tous les trails que j’ai fait j’ai un avantage sur beaucoup de monde. Finalement ce premier tour est long ! Mais j’en fini quand même, tout en étant dans le chrono visé. Le second tour commence bien,

je croise Chouchou et Charles ! Au punaise ! Trop bon, il a pu prendre le
départ du marathon. Je sais désormais qu’il sera finisher. Ça aussi ça vaut
10 gels. Me voici à nouveau dans la côte. Je double Christophe qui
visiblement ne pète pas le feu. Quelques kilomètres plus loin je reviens
enfin sur copain. On se dit 2-3 trucs puis je commence à partir. Mais non !
Demi-tour, merde je peux bien rester quelques minutes avec lui. Au ravito
c’est lui qui m’emboite le pas. Quel kiff ces quelques minutes ensemble sur
cette course. Je lui montre les étoiles présentent partout sur le sol que Seb
à fait ! Puis on se laisse. Je suis re-booster comme jamais. Kilomètre 25 je
commence à sentir arriver le poids de la journée dans le fond de mes
baskets.
Kilomètre 28, je pars pour le dernier tour avec là, carrément le moral dans
les chaussettes. Je me sens fatigué ! Au prévisionnel je suis en 4h05 au
marathon. Il ne me reste plus que 14 km. Ce n’est pas le moment de lâcher.
Pourtant j’en ai tellement envie. Tu arrêtes et bien finalement tu n’as plus
mal ? Oui mais non. Si je veux en finir, la façon la plus rapide reste de courir.
Et puis je l’ai dit, aujourd’hui je vais au bout. Pas de la course, mais de mes capacités. Je suis venu pour ça. Alors comme on dit, je serre les dents. Je me rattache à pas mal de pensées. Les positives me font sourires, les négatives me font mettre un pied devant. Je n’ai de cesse de recalculer dans combien de temps je vais arriver à telle ou telle allure.
Kilomètre 35. Pat, Seb et Rémy me retrouvent. Je suis en totale hallucinations. Ils sont de ses 13 mecs de 2013 qui m’ont donné confiance pour me lancer et là ils m’encouragent. Tu retrouves ça ou dans la vraie vie de tous les jours des moments comme ça ? Moi je cherche encore. Je brule d’envie de m’arrêter marcher mais je me l’interdits. Il faut savoir refuser la tentation. Je sais que ce n’est pas agréable mais à la fin le plaisir sera décuplé. Le soleil commence à jouer à cache-cache avec les montagnes. J’ai limite froid par moments.
Plus que 4 km. Mon allure n’en n’est plus une. Je cours plus lentement que je ne marche habituellement. Mais je cours. Pourquoi arrêter ? Qui me donne cet ordre au-delà de moi-même ? J’ai le choix donc je décide pour moi. Oh ! Flo ! Je le croise enfin, ça roule ? yes ! Oh, ma louloutte juste derrière ! Un p’tit bisou et ça repart. Ça aurait été dure de ne pas les croiser au moins une fois.
2 kilomètres, j’entends à nouveau la sono. Je commence à être proche de craquer sous le poids de l’émotion. La fatigue te mets à fleur de peau c’est dingue. Je pense à cette finishline.
1 kilomètre. Les échassent qui me servent à avancer commencent à
avoir du mal à se plier. Plus de 14h20 que je suis en course. J’ai du mal
à gérer mes émotions. Visiblement ça a l’aire de se voir à la tête des
spectateurs. Leur voix devient toute douce désormais lorsqu’ils
m’encouragent. Ils ont l’air de souffrir pour nous. Plus que 200 m. Je le
sais, je vais être finisher. Pas parce que je suis à la fin de cette course,
mais par ce que je serais allé au bout de moi-même.
Virage à gauche, tapis bleu. Personne devant. Cette finish line sera pour
moi. J’ôte ma casquette, regarde le ciel. La nuit n’est pas encore
tombée, le ciel est entre chien et loup. Les spectateurs sont parqués
derrières des grilles impossible de voir qui que ce soit.
Nous revoici au point de départ, 14h24 plus tôt. L’instant passe sur slowmotion, les bruits deviennent flous, le temps n’a plus de rythme. Par contraste les images défilent dans ma tête à tout allure.
Dernier pas à faire. Comme par reflexe je fais un rond sur mon cœur et pointe les étoiles avec l’autre main. Dans une fraction de seconde tout sera fini. Ces mois de prépa, ces objectifs, ces plans de courses
etc. Retour à la vie normale dans quelques centimètres… Allez, pose le ton pied… Me revoici de nouveau en vitesse réelle. Je comprends de nouveau le speaker, vois mes parents. Manque de tomber sur des barrières. Je m’éloigne de quelques mètres et m’étale sur le sol. Envahie par l’émotion. Les secours viennent me voir. Je leur confirme que ce n’est que du plaisir. Je n’avais pas autant kiffé une finishline depuis mon 1er Ironman.
Je commence à comprendre que j’ai la place du roi et qu’aujourd’hui c’est moi qui vais accueillir tous les copains sur la finish line. Chouchou, Floflo, ma Jeujeu et Copain. Je suis aux premières loges pour voir leurs visages, scruter leurs derniers pas et gestes. Voir leurs yeux rougis, leurs visages usés, creusés et récolter leurs premiers sourires.
Définitivement ce n’est pas la course qui crée des émotions. Ces dernières naissent bel et bien de l’effort que l’on met. Quand tu ne triches pas, tu reçois ton lot en retour.
A j+15, retour de vacances. Je le confirme, il est évidant que je retournerai faire des Ironman. Quand ?
Quand ce sera le bon moment. Mais l’Embrunman n’est pas là de me revoir. Je crois qu’il faut parfois savoir rester sur un souvenir et passer à autre chose. Pour faire référence au début de ce CR, je ne sais pas si désormais je suis « grand ». Ce que je crois c’est qu’à vouloir très fort les choses, elles finissent par arriver. Ce dont je suis convaincu c’est que nous ne sommes pas tous égaux. Enfin je citerais à nouveau Christopher MCCANDLESS : « j’ai appris que l’essentiel dans la vie, c’est non pas d’être fort, mais de se sentir fort ». Je n’ai pas passé mon marathon en moins de 4h (4h33), mais j’ai gagné bien plus…

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